Michel Sardou 






Auteur-compositeur-interprète dans la tradition française des artistes complets à forte personnalité, Michel Sardou s’est
imposé depuis les années 1970 comme l’un des chanteurs de variété les plus marquants du paysage musical français.
C’est au sein d’une véritable dynastie du spectacle que Michel Sardou voit le jour à Paris.
Fils de Fernand Sardou, chanteur et comédien populaire dans le sud de la France et à Marseille en particulier, et de Jackie Sardou, comédienne, Michel Sardou est également le petit-fils de
Valentin Sardou, acteur comique de music-hall et grande vedette dans le Midi à la Belle Epoque.
L’expression suremployée « enfant de la balle » prend donc tout son sens avec un Michel Sardou qui passe une bonne partie de
son enfance à suivre ses parents en tournée et hante les coulisses des cabarets parisiens où ils se produisent.
En 1960, les Sardou ouvrent sur la Butte Montmartre le cabaret Chez Fernand Sardou.
Pour l’anecdote, c’est à l’âge de deux ans que le futur chanteur monte la première fois sur une scène, sur l’invitation du fantaisiste Roger Nicolas : petite apparition sans grande portée mais
qui prend évidemment, avec les années, un tour prophétique.

Le jeune Michel Sardou passe sa jeunesse à courir les cabarets, théâtres, cinémas et music-halls du quartier Pigalle et du
dix-huitième arrondissement de Paris, il accompagne ses parents dans leurs tournées. Ces déplacements ne favorisent, évidemment pas, sa scolarité.
Légèrement cancre, Michel Sardou est vite pris, environnement familial oblige, par le virus du spectacle : il est
profondément ému, en 1963, de rencontrer Johnny Hallyday sur le tournage du film "D’où viens-tu Johnny ?", dans lequel son père tient un rôle.

Michel pousse l’audace jusqu’à écrire pour Johnny une chanson, que ce dernier ne chantera jamais.
S’ennuyant dans un pensionnat, l’adolescent est pris d’une lubie en voyant le film L’Homme de Rio, avec Jean-Paul Belmondo : âgé de seize ans, il tente avec un copain une fugue, pour
partir au Brésil "ouvrir une boîte de strip-tease" (légende ou vérité ?!).
En 1965, la fermeture du cabaret de son père pousse cependant Michel Sardou, qui vient de se marier, à chercher sa voie : il
envisage de devenir comédien et prend des cours de théâtre, tout en courant le cachet de cabaret en cabaret.
Le jeune chanteur essaie le rock, mais sans succès. Il tente de faire du Jacques Brel,
avant de s’orienter progressivement vers un style de variété à texte et vers un personnage de scène "sexy".
Rattrapé par son père à l’aéroport, Michel Sardou lui annonce son intention d’arrêter sa scolarité : Fernand Sardou lui
impose alors de faire « sérieusement » le saltimbanque en lui offrant, dans son cabaret, un poste de serveur-artiste.
Entre deux services, Michel Sardou exécute des numéros : il imite d’abord Johnny Hallyday, avant, progressivement, d’interpréter des sketches que lui écrit son père.
Il se produit ensuite dans différents cabarets de la Butte Montmartre, comme Le Tire-Bouchon ou Chez Patachou.

Une audition chez Barclay, fin 1965, lui vaut de sortir enfin la tête de l’eau en décrochant un contrat
d’enregistrement.
Avec son ami Michel Fugain, rencontré dans le cadre de leçons de comédie, il écrit ses premières chansons : "Les Arlequins", qui passe inaperçue et "Le Madras", qui
lui vaut son premier passage à la télévision mais ne bouleverse pas non plus les foules.
Michel Fugain à l'époque du "Big
Bazar"
Ses débuts de carrière sont quelque peu difficile.
Il rencontre le compositieur Jacques Revaux.
Il est appelé sous les drapeaux, mais ayant négligé de répondre à l'appel, il est arrêté par des gendarmes à Bobino, où il devait assurer la première partie de François Deguelt
Souvenez-vous "Il y a le ciel, le soleil et la mer ..."
Il a quelques problèmes, pendant son service militaire, mais profite de chaque permission pour se rappeler au bon souvenir du monde du spectacle.
En 1966, il est sélectionné pour participer au concours de "La Rose d’Or" d’Antibes avec la chanson "Le Visage
de l’année", mais c’est une nouvelle déception : le titre ne convainquant pas le public.
C’est en 1967 que sa carrière prend un premier envol avec la chanson "Les Ricains" : la France venant, sous
l’impulsion du Président Charles de Gaulle, de sortir de l’OTAN, Michel Sardou signe un titre résolument pro-américain, visant à rappeler à la France sa dette envers les Etats-Unis, sans qui
"Vous seriez tous en Germanie !"

"A parler de je ne sais quoi - A saluer je ne sais qui".
Les autorités françaises "déconseillent" aux radios de diffuser le titre : comme de nombreuses censures, celle-ci obtient l’effet inverse, et permet au titre de se faire remarquer, sans que
pour autant, les ventes ne soient miraculeuses.
Michel Sardou a jeté les bases de son style musical : très belle voix forte et posée, textes clairs et parfois engagés : l’artiste s’impose comme un chanteur n’hésitant pas à dire clairement ce
qu’il pense, quitte à froisser certaines sensibilités.
Mais le chanteur peine ensuite à affirmer son succès.
Ses 45-tours suivants ne remportent qu’un succès très mitigé, ce qui a le don de lasser sa maison de disque, Barclay.
La chanson "Nous n’aurons pas d’enfant" passe largement sur les ondes des radios, mais le disque est très mal diffusé.

En 1969, c’est le divorce difficile entre Eddie Barclay et Michel Sardou, qui lance son propre label : Trema, avec Jacques Revaux et Régis Talar (un ami du chanteur, devenu directeur
d’édition chez Barclay, et qui choisit de quitter la maison de disques pour devenir le producteur de Sardou).
En février 1970, Michel Sardou assure la première partie d’Enrico Macias à l’Olympia.
En octobre de la même année, il remonte sur la même scène, cette fois en vedette américaine de Jacques Martin : Bruno Coquatrix, conquis, lui propose un passage en vedette à part
entière.


Volant désormais de ses propres ailes, Michel Sardou accède enfin au succès majeur avec son premier album, "J’habite en
France".
C’est d’abord "Les Bals populaires", chanson qu’il avait initialement trouvée peu convaincante, qui le propulse en
tête des hit-parades, avant de lui valoir le Grand Prix de la SACEM et son premier disque d’or.

S’ensuit la chanson-titre de l’album, "J’habite en France" (500 000 exemplaires vendus), qui remporte en 1971 le
Grand prix de l’Académie Charles-Cros, remis par le Président de la République.
Avec ce dernier titre, Michel Sardou prend délibérément à contre-pied la tendance française, affirmant son style ironique et sa personnalité de "contestataire", sympathiquement râleur, et
accéde enfin au statut de véritable vedette populaire.
Le chanteur est très présent sur les ondes et fait les unes des magazines musicaux.
L’année 1971 est riche pour Sardou : il connaît le succès avec la chanson "Le Rire du sergent ", où il rejoint la
tradition des chanteurs-interprètes de personnages en contant ironiquement, à la première personne, le parcours sous les drapeaux d’un homosexuel.
En novembre, il passe en vedette à l’Olympia.
Mais 1971 est aussi l’année des premières polémiques : dans la France post-1968, la gauche tient plus que jamais le haut du pavé culturel.
L’image d’un jeune chanteur chevelu interprétant d’une voix claire des textes perçus comme "conservateurs", voire "réactionnaires", en irrite plus d'un.
Certaines féministes considèrent la chanson "Les Villes de solitude" comme une apologie du sexisme et "J’habite en France" comme un manifeste
nationaliste.
D’autres enfin voient déjà dans "Le Rire du sergent"», un appel à la discrimination.
Michel Sardou n’en a cure et multiplie les tournées, se produisant un peu partout en France, mais également en Suisse et au Canada.
En 1973, il crée son propre label, Eagle Records, au sein de Trema.
Les titres se succèdent : "Je veux l’épouser ce soir", "La Fille aux yeux clairs", "Requin chagrin" (chanté en duo avec Mireille Darc) et l’énorme succès de "La
Maladie d’amour".

En 1975, c’est un nouveau passage en vedette à l’Olympia, avec Carlos en première partie.

En novembre 1975, sort l’une des chansons emblématiques de Michel Sardou, "Le France", où l’artiste semble
reprocher, sur un ton nostalgique, l’abandon par le gouvernement français de l’immense paquebot "Ne m'appelez plus jamais France - La France, elle m'a laissé tomber".
C’est un immense triomphe pour Michel Sardou, dont le simple se vend à plus d’un million d’exemplaires.
Après ce coup de maître, Michel Sardou connaît diverses vicissitudes au cours des années 1976 et 1977.
C’est d’abord, en janvier, le décès de Fernand Sardou.
La polémique commence parallèlement à rattraper Sardou, malgré son aura d’artiste populaire.
Plusieurs extraits de l’album "La Vieille" causent en effet au chanteur les pires vicissitudes : c’est d’abord "Le Temps des colonies", une chanson où Sardou interprète à
nouveau un personnage, celui d’une vieille baderne nostalgique d’un passé colonial fantasmé.
Très nombreux sont ceux qui prennent au premier degré la chanson et considèrent que les textes et le refrain "On pense encore à toi, Ho Bwana !" expriment les opinions de Sardou lui-même : la
plupart des radios refusent à l’époque de diffuser un titre jugé raciste.
Le quotidien Libération (couverture de
1946)
Il y en a même qui assimile Sardou au fascisme et le qualifie d’auteur de "sinistres merdes".
Le chanteur considèrera lui-même cette chanson comme un ratage, ayant échoué à faire comprendre ses intentions ironiques.
Parallèlement, Michel Sardou connaît un échec avec le journal M.S. Magazine et son énigmatique slogan, "Le journal
qui a des pneus neufs", dont il ambitionnait de faire une publication populaire destinée à la jeunesse et qui ne connaît que cinq numéros.
Extrait du N°1

Le chanteur a à peine le temps de se consoler avec le succès de la chanson "Je vais t’aimer" : quelques mois après la polémique du "Temps des colonies".

Il est à nouveau l’objet d’une controverse avec le titre
"Je suis pour ", dans lequel Michel Sardou interprète le père d’un enfant assassiné, exprimant son désir de
vengeance.
"Tu peux prier qui tu voudras - J'aurai ta peau tu périras - Tu as tué l'enfant d'un amour - J'aurai ta
mort - Je suis pour".
A l’heure où la France connaît un vif débat autour de la peine de mort, notamment à l’occasion de l’affaire du tueur d’enfant Patrick Henry, Michel Sardou semble se positionner clairement
à l’encontre du courant sur le point d’aboutir à l’abolition de la peine de mort.
Dans l’esprit du chanteur, il s’agit d’exprimer avant tout la douleur d’un deuil et un besoin de justice, mais la polémique est lancée, et accompagne Sardou tout au long de la tournée de
promotion de l’album "La Vieille".
Le délire va jusqu’à la création de "comités anti-Sardou" : de jeunes surexcités tentent d’empêcher les concerts aux cris de "Sardou, facho !". "Le peuple aura ta peau !".
A Bruxelles, une bombe est même retrouvée dans la chaufferie de la salle où doit se produire Michel Sardou.
Eprouvé de se voir traité de tous les noms et caricaturé en émule d’Hitler, le chanteur finit par annuler les dernières dates de sa tournée, malgré le soutien que lui apportent plusieurs de ses
confrères rigoureusement étiquetés "à gauche" ,Yves Montand, Bernard Lavilliers, Maxime Le Forestier…


Photo d'époque !
Excédé, Michel Sardou s’exprime finalement dans le quotidien de gauche Le Matin de Paris pour mettre les points sur les i.
Conservateur sans complexes, il entend néanmoins défendre le droit d’un artiste à interpréter des personnages dans ses chansons.
Le voilà néanmoins devenu, pour longtemps, la bête noire d’un certain public de gauche qui ne lui pardonne ni ses prises de position ni ses choix artistiques.
L'essai "Faut-il brûler Sardou "?, de Louis-Jean Calvet et Jean-Claude Klein, vient parachever en 1978 cette période de polémiques.
Après avoir pris quelques mois de repos, Michel Sardou reprend le chemin des planches et des studios, et se produit
notamment au Palais des Congrès durant un mois en 1978.
Sortant l’année suivante un album live.
C’est à la même époque qu’il fait la connaissance de Didier Barbelivien, qui devient l’un de ses auteurs
réguliers.
Moins polémique et revendicatif qu’auparavant, Sardou évolue également sur le plan artistique, plus sobre et posé dans son chant.
Légèrement grisonnant, ce qui lui sied à ravir, il acquiert l'allure d'un homme mûr ...
En 1981, ce sont les tubes "Les Lacs du Connemara" et "Être une femme", typiques du Sardou deuxième
manière, qui précèdent un nouveau passage au Palais des Congrès.


Multipliant tournées et albums, Michel Sardou s’essaie également au cinéma, avec le film "L’été de nos quinze ans" en 1982.

Il n’a pas pour autant négligé la polémique, s’attaquant de front aux dictatures communistes avec la chanson "Vladimir
Ilitch".

Sardou demeure cette fois plus consensuel, s’en prenant aux dérives du communisme sans dénigrer ses principes , "Toi qui avais rêvé l'égalité des hommes - Tu dois tomber de haut dans ton
éternité - Devant tous ces vieillards en superbe uniforme - Et ses maisons du peuple dans des quartiers privés".
Il échappe cette fois à une nouvelle chasse aux sorcières.
Même cas de figure pour "Les Deux écoles", qui suscite une polémique bien artificielle et passagère, alors que le texte constitue un appel à la tolérance réciproque, au moment de la
polémique sur le financement de l’école privée.
Bien que toujours porté à mettre les pieds dans le plat, Sardou a compris la leçon et sait désormais interpeller tout en demeurant assez modéré sur le fond.
Il est, enfin, installé dans une popularité impériale.
Michel Sardou est désormais un élément inamovible du paysage artistique et médiatique français, présentant à l’occasion des émissions de télévision ou de radio, couvrant le tournoi de
Rolland-Garros pour France-Soir, contribuant aux Restos du cœur lancés par son ami Coluche, ou participant au rallye Paris-Dakar.

Il continue à faire occasionnellement du cinéma, ici, avec un film policier "Cross".
La comédie "Promotion canapé",

Michel Sardou, à la fin des années 1980 demeure avant tout un chanteur dont le succès populaire demeure à la hauteur de sa productivité.
Il triomphe avec des albums comme "Musulmanes" ou "Le Privilège" et avec un tube "Marie-Jeanne".

Si Michel Sardou ne met pas son drapeau dans sa poche, il soutient Raymond Barre, et en 2007, Nicolas Sarkozy.
Il suscite encore des polémiques via des chansons engagées, la chanson "Le Bac G", qui pourfend les "lycées poubelles".
La caricature du "Sardou facho" est désormais bien loin, ayant laissé la place à un personnage "râleur" de la chanson française, agaçant les uns ou faisant plaisir aux autres
...
Même si les ventes de disques enregistre "un léger" déclin, cela n'a aucune incidence sur son succès scénique, toujours entier.
Même si on accuse l’artiste de ne plus guère se renouveler, le public continue de plébisciter son répertoire. La preuve en est, les Victoires de la Musique, qu'il obtient en
1990 et 1999,
Il se produit à "Bercy" en 1993, 1998 et en 2001, à "l'Olympia" en 1995 avec une centaine de représentations et à guichets
fermés.
Il s'essaie au théâtre avec une mise en scène de Pierre Mondy, "Bagatelle(s)".
Sortant régulièrement de nouveaux albums, Michel Sardou réalise dans les années suivantes un sans-faute, surfant sur une popularité toujours intacte.
Son public lui reste fidèle et il se classe dans le quinté de tête des "français" les plus populaires du "Journal du Dimanche"
Une carrière d’une grande richesse et surtout, très constante dans le succès.
Les polémiques du passé ayant été heureusement éclipsées par une production artistique dans la meilleure tradition de la variété française.
Que puis-je rajouter de plus ... Un parcours quasiment sans fautes, de petites anicroches, presque sans importance ... Le succès qui a suivi en est la
preuve.
Continuez à nous enchanter Monsieur Sardou !
De toute manière, les polémiques politiques n'ont pas leur place dans ma rubrique, les cancans non plus, d'ailleurs ...
Avec sa maman "Jackie Sardou" à la sortie du livre
"Sardou de A à Z"









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